Les valises de la résistance

Ce n’est qu’en Juillet l942 que le S O E fut officiellement autorisé à monter sa propre Administration des Transmissions: à fabriquer et utiliser son propre matériel. à entrainer ses propre opérateurs et être responsable de ses propres codes.
Mais depuis pas mal de temps,l’Établissement de The Frythe avait activement
anticipé cette-décision. Le capitaine BERT LANE ,y avait conçu le 35 Mhz S-phone qui fut teste la première fois par le lieutenant C. BOVILL des le
6 Octobre l94l.

A Fautomne HML JOHN BROWN avait conçu sa première radio valise : le type 3 Mark I (B l)prévu pour des liaisons à des distances supérieures à neuf cents kilomètres. Le récepteur était un superhétérodyne reflex quatre lampes. sept étages (ECH 35_EF 39-EBC 33-EF 39) essentiellement adapté pour la réception du Morse. Il couvrait de 3.8 à 15.8 MHz avec une fréquence intermédiaire de 470 kHz et l’amplificatrice MF (EF 39) était utilisée également comme amplificatrice BF.
L’émetteur. avec une tension plaque de 400 volts,fournissait une puissance de sortie de 12-18 watts à partir d‘une seule 6L6-G montée en tritet, pilotée
par quartz. le montage tritet permettant l’utilisation d’harmoniques. JOHN m‘a confié qu’il avait apporté sa‘ « contribution spéciale » à l’émetteur RUNT 60 publié dans‘ le Q S T de Septembre l939_ en y disposant un circuit pi accordé surl’anode permettant l’adaptation de l’émetteur à une grande variété d’antennes simples. Le modèle B-l était fabrique’ par les Ets MARCONI. d’abord
à Writtle puis à Hackbridge et un grand nombre de ces appareils fut envoyé en Russie pour l’équipement des partisans

Le Service radio du S O E possédait un talent que l‘on ne trouvait pas toujours dans les services de renseignements du camp adverse : l’intelligence d’écouter soigneusement ce que ses agents « sur le tas » lui disaient. C’est ainsi que l’un des premiers agents radio à succès (GEORGES BEGUE alias GEORGES NOBLE) fut nommé officier transmissions à la Section F. Puis. le l0 Mai l94l,le capitaine PIERRE JULITTE. un ingénieur radio français fut envoyé de LONDRES par le B C R A de De GAULLE pour mener une enquête sur les graves problèmes posés par les premières liaisons radio.

Le capitaine JULITTE rentra à LONDRES en Mars l942 avec REMY (un éminent agent du B C R A dont le vrai nom était GILBERT RENAULT-ROULIER qui avait constitué le réseau « Confrérie Notre-Dame » en région parisienne et établi des liaisons radio efficaces avec la station de contrôle du M 1-6 (opérations Colombine et Harlequin) avec des opérateurs radio français recrutés sur place.

Le capitaine JULITTE considérait que le Whaddon Mark lll était inadapté en zone occupée parce qu‘il était trop volumineux. trop puissant.
parce qu’il consommait trop sur le réseau de distribution électrique et provoquait de bruyants « clics » dans les récepteurs radios du voisinage. Le
manipulateur Morse. affirmait-il. était mécaniquement bruyant et la lampe pilote trop brillante. Il estimait que le Paraset était meilleur, mais trop
volumineux (sic) pour être utilisé dans Paris. Bien que suffisamment puissant pour pouvoir communiquer avec Londres depuis n’importe quel point de France. à preuve qu’il a été utilisé régulièrement à Marseille. ll considérait comme plus satisfaisant d’utiliser des récepteurs commerciaux toutes ondes avec des adaptateurs spéciaux. Tel qu »un générateur de battements pour l’écoute du Morse en ondes entretenues.
A son retour. le capitaine JULITE prépara un rapport critiquant sévèrement de nombreux aspects des liaisons radio du S 0 E / B C R A contrôlées par la Section Vlll, tant en ce qui concernait les pratiques opérationnelles que l’équipement. Au sujet des conditions de travail en zone occupée, il écrivait : « Dans certains emplacements. si un appareil nécessitant plus d’énergie que le Paraset est utilisé sur le réseau électrique, les ampoules d’éclairage du même circuit ont tendance à clignoter au rythme du manipulateur….’des ampèremètres sont soigneusement surveillés
(par l’ennemi) pour localiser toute augmentation de la consommation de courant. A Paris. en particulier, l’organisation de détection allemande est très élaborée et très complète. Si un nouvel appel apparaît dans l‘air, « ils » en font un relèvement en moins de trente minutes. [l y _a vingt-quatre stations de détection locale autour de Paris. où des appareillages et des véhicules sont tenus en alerte pour intervention immédiate. il est pratiquement impossible d‘ utiliser un émetteur à Paris sans être détecté. Même en zone libre, les personnes qui transportent des valises ou des paquets sont susceptibles d »être fouillées. suspectées de marché noir. il est dangereux de transporter une valise Mark lll et il faut faire très attention si l‘on alimente l’émetteur sur le reseau
« un petit adaptateur équipé d‘une 6V6 pilotée par quartz que l’on branche et enlève après
usage ». [l rapportait que des équipements ont été fabriqués en France. qui ressemblaient à des récepteurs ordinaires. mais que l’on transformait facilement en émetteurs. Des adaptateurs
(Lincoln) et des émetteurs camouflés dans des récepteurs de radiodiffusion furent bientôt disponibles à la Section Vlll et de tels récepteurs
« Capables d’émettre » furent aussi fabriqués par les Polonais de Londres pour leur propre usage.
JOHN BROWN porta son attention sur le type 2l (séries A) pour courtes distances. ce qui amena la création en Août 1942 du modèle Mark Il
(A-2), une « valise » bientôt transformée en A-2+ ‘des que les tubes américains Loctal furent disponibles. Le modèle A-2+. lancé en Octobre 1942sous la forme de trois boites métalliques. comportait un récepteur superhétérodyne avec réaction
équipé de trois lampes (7Q7-7H7-7H7)_ couvrant la bande des 3-9 MHL. alors que l’émetteur à une seule lampe utilisait une TTll ou une 7C5 loctal. foumissant une puissance d’environ cinq watts.Cet appareil pouvait être alimenté à partir du secteur ou à partir d‘une batterie de 6 volts grâce à une alimentation à vibreur. Ce modèle était fabriqué par les Ets MARCONl qui en l943, reconditionnèrent le A-2* de JOHN BROWN pour en faire le A Mark lll (A-3) plus compact, qui avait sensiblement la même taille que le Paraset / Mark
Vll de Whaddon, mais infiniment plus sophistiqué. Environ quatre mille de ces appareils A-3furent fabriqués sous forme d’un seul coffret mesurant 2l x 19 x 7.5 cm avec un poids total de quatre kg. soit moins de la moitié du poids de
l‘A-2.
Des informations complètes sur l’A-2 furent foumies a l‘Office of Strategic Service (O S S)américain dont la première « valise » était considérée comme peu satisfaisante. Certaines caractéristiques de l’A-2 furent copiées par l’O S S, ce qui conduisit à l’émetteur-récepteur S S T R-l. Leur radio clandestine standard.

Le modèle A-3 était un vrai « transceiver ». Étant donné que la 7H7 distillatrice pilotée par quartz de l’émetteur a deux étages fournissant cinq watts(lampe de puissance : 7C5) était aussi utilisée comme amplificatrice BF dans le récepteur super-hétérodyne couvrant 3,2-9 MHL avec une moyenne fréquence accordée sur 1215 kHz (7Q7-7H7-7l-l7-7H7 + 7H7 de l’émetteur). Des ponts redresseurs êliminaient la classique valve. Les appareils A-3 étaient tout à fait adaptés pour l’utilisation à des distance relativement courtes depuis le nord de la France.

En même temps, JOHN BROWN concevait et supervisait la production du modèle B-2. généralement considéré comme la radio-valise la plus fiable pour les grandes distances ou pour les opérations paramilitaires. Sept mille B-Z ont été utilises dans de nombreux pays. non seulement par les agents du S O E, mais aussi, par exemple. par les équipes « Jedburglt » qui furent parachuäées en France sous l’uniforme et par les « Phantoms »(Régiment de transmission du G Q GLIl y a toute
raison de penser que c‘est avec un B-2 qu’un officier transmission Phantom a maintenu la liaison entre les troupes d‘Arnhem et le Royaume-Uni pendant les tout premiers jours de l’engagement, alors que les appareils de l’armée régulière échouaient lamentablement. Pendant plusieurs jours. le seul lien radio avec les forces d’Arnhem passait par le B-2 des Phantom et un faisceau de la
B B C utilisant des appareils 76 / R 109 de l’armée

Le B-2 conservait de nombreuses caractéristiques du B-l de JOHN. mais il était équipé des tubes Loctal plus robustes et d‘un émetteur à deux étages (EL32-6L6 G) sortant 20 watts. avec un circuit de résonance très souple en pi.

Ma première expérience ‘du B-2 eut lieu à Nijmegen en Novembre 1944 lorsque je fus intégré pendant plusieurs semaines ä l’unité de sauvetage et d’évasion d’AIREY NEAVE (HUGH FRASER commandant en second à Nijntegen).L’opérateur radio. de l’IS-9 était équipé d’un B-2.d’un M C R-I et aussi d’un I9 de l’armée. Mon
équipement comprenait un Mark III de Whaddon, un récepteur H R 0 et une génératrice à‘ essence 0 N A N de. 150 watts. fiable mais loin d’être portable! Utiliser le 8-2 sur un réseau des Forces Spéciales qui pratiquait une veille permanente sur
une fréquence spéciale dans la bande des 5 MHz se révéla être une expérience intéressante! Mais cela’ me montra en 1944 que le S O E avait su créer et exploiter un système radio hautement efficace. Au même moment. l’IS-9 montait pénible,ment la malchanceuse opération Pegasus 2 pour ramener le maximum de survivants d’Arnbem,
opération malheureusement beaucoup moins efficace que Pegasus l montée à Eindhoven-. Mais cela est une autre histoire. °

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