50 ans de transmissions des forces

rita1  Dans les années 70, le premier grand réseau tactique conçu au niveau corps d’armée, le RITA (Réseau Intégré de Transmissions Automatique), n’en était encore qu’au stade de sa définition, puisque c’est en 1964 que les ingénieurs français du LCT avaient proposé une solution originale de commutation temporelle par « diffusion d’appel » préfigurant l’architecture des futurs réseaux de radiocommunications mobiles. Sa mise en service tardive – à partir de 1983-84 – obligea le maintien prolongé d’un système intérimaire reconnu obsolète dans les deux corps d’armée.

 

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Le réseau tactique RITA par faisceaux hertziens

La souplesse d’emploi du réseau RITA étonna les Américains qui – après avoir constaté que malgré les destructions importantes qu’on lui faisait subir les abonnés continuaient à communiquer – décidèrent de l’adopter en 1985. Ce fut assurément le grand succès de ce premier réseau tactique français, capable de couvrir toute la zone d’action de corps d’armée de 50 km de front et 80 km de profondeur. Mais, il entra en service à un moment où les armées engageaient une profonde réorganisation liée à l’évolution des menaces en et hors Europe, à la professionnalisation et à une réduction sans précédent des effectifs.

C’est la première guerre du Golfe qui força une nouvelle doctrine d’emploi du RITA. Lors de l’opération Tempête du désert en 1991, alors que le système zonal RITA 1G ne peut couvrir l’ensemble du théâtre, c’est le système satellitaire SYRACUSE III qui constitue le cœur du réseau étendu des télécommunications pour la division Daguet. Depuis la dissolution des corps d’armée fin des années 90, son emploi privilégié se limite à la desserte densifiée d’une zone active d’opération. Ainsi, le réseau RITA a été complètement refondu dans une autre conception d’emploi tactique : celle de réseau intégré de transmissions de l’avant. Après 30 années d’exploitation, on en est à sa 2e génération (RITA 2G) en version N4.

syracuse  Le système SYRACUSE par satellites

Les satellites militaires ont démontré leur suprématie dans les  opérations extérieures. Le système SYRACUSE III, conçu par Thalès Alenia Space, comprend les 2 satellites durcis SYR.3A (octobre 2005) et SYR.3B (août 2006) et sera complété en 2014 par la charge française des 2 satellites franco-italien Sicral 2 et Athena à très haut débit.  Ces satellites multi-spots peuvent desservir plusieurs théâtres. Depuis 2004, la DIRISI en est le gestionnaire technique interarmées.

La partie amont du système est constituée par les liaisons de maillage des 2 stations fixes métropolitaines M3 et M4, et des stations déplaçables d’ancrage de théâtre à très haut THD et haut débit HD, dont l’exploitation est à la charge de la Brigade de Transmissions. La partie aval est constituée par les liaisons en étoile des stations sol utilisateurs assurant le raccordement des unités et des PC. Toute l’intelligence du système est implantée dans les stations sol, ce qui permet d’en faire évoluer les performances durant les 15 ans de vie des satellites aux équipements figés à bord. Son fonctionnement hiérarchisé impose un double bond-satellite avec la métropole. Les satellites civils ne font qu’un seul bond,  relais final d’une station terrienne – téléport – connectée aux réseaux terrestres et sous-marins à fibres optiques.

La nouvelle organisation de l’arme des Transmissions

En 1980, l’arme des Transmissions regroupait encore 15 régiments et 138 compagnies, ainsi que 2 groupements infra. Depuis 2013, les spécialités sont réparties en métiers (systèmes d’information et de communication SIC et guerre électronique GE) et en chaînes d’emploi dans des directions et commandements différents : la brigade de transmissions et d’appui au commandement (BTAC) dispose des 5 régiments RITA-SYRACUSE avec 5500 personnels militaires d’active ; la brigade de renseignement (BRENS) engerbe les 2 régiments de guerre électronique, sous la direction du renseignement militaire (DRM) ; la direction des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information (DIRISI) est l’unique opérateur interarmées de la Défense avec 8000 personnels civils et militaires dans le monde ; la direction générale des systèmes d’information et de communication (DGSIC) gère l’informatique opérationnelle des armées.

Les Anciens seraient-ils donc les derniers « purs Trans » ? C‘est la vraie interrogation de la nouvelle organisation, au risque de créer une partition de Corps entre métiers et chaînes. L’intégration des technologies de l’information, tant dans les réseaux – avec la suprématie des deux supports transcontinentaux : la fibre optique de distribution Télécoms et le satellite de diffusion TV – que dans les services clients – avec la fusion numérique de la voix, des données et des images – allait conduire à la création de grands opérateurs mondiaux. Pour décider et agir dans un cadre interallié et interarmées d’engagement, le ministère de la défense bâtissait une Organisation Mondiale Interarmées des Transmissions (OMIT), dont la gestion intégrée était confiée en 2004 à la DIRISI. Force fut alors de constater que beaucoup d’emplois dans les trois armées l’était dans l’exploitation d’infrastructures fixes et non dans les unités opérationnelles. D’où un plan durable de réduction des effectifs. Puis, une seconde révolution chez les opérateurs civils – celle de ne plus être que fournisseur de « tuyaux de transport », mais de devenir aussi offreur de « services à valeur ajoutée » – allait forcer les armées à s’interroger sur la finalité de leurs Transmissions. C’est aujourd’hui l’importance du service renseignement qui conduit à privilégier les moyens de surveillance du champ de bataille, plutôt que l’acquisition de réseaux infra qui trouvent un complément de capacité non durcie par des liaisons louées aux opérateurs civils. Enfin, l’automatisation poussée des terminaux-usagers allait permettre leur emploi banalisé en interarmes. Avec le non-besoin tactique de remplacement du RITA et le besoin stratégique en liaisons à longue distance intégralement satisfait par les satellites militaires ou civils, il est évident que le rôle du « transmetteur de l’avant » s’en trouvera réduit.
L’arme qui unit les armes vient de fêter ses 70 ans (1942-2012). Le Père en est le général, commandant l’ETRANS Rennes, unique école de spécialisation avec un encadrement devenu interarmes !   L’Esprit Trans est universel.           Et par Saint-Gabriel, Vive les Transmissions !

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